Pour comprendre les inégalités territoriales : une formation s’impose

3 mai 2016 - Le 7 juin prochain, l’Observatoire des inégalités organise à Paris une formation unique sur les inégalités territoriales. Objectif : se doter des outils pour mieux comprendre la situation sociale.


De Neuilly-sur-Seine à Roubaix, des Yvelines à la Réunion, des écarts considérables séparent les territoires. Si l’on veut mener des politiques publiques adaptées, il faut savoir les mesurer et les analyser. Qui comprend aujourd’hui réellement la situation sociale ? Le débat public est rendu confus par les exagérations médiatisées. Non, la France rurale et périurbaine n’est ni la plus pauvre, ni abandonnée par des politiques publiques. Oui, tout ne va pas forcément bien dans ces territoires. Pour tenter d’y voir plus clair, l’Observatoire des inégalités organise une journée de formation le mardi 7 juin prochain à Paris (7e).

Le taux de pauvreté est beaucoup plus élevé dans les grandes villes. Même Paris n’échappe pas à ce constat, avec des arrondissements où ce taux dépasse 20 %. Les deux tiers des plus pauvres vivent dans des grandes villes. La densité de population, qui atteint plusieurs milliers de personnes au km2 dans les villes contre quelques dizaines voire moins en milieu rural, explique cette situation. D’une manière générale, les villes ont attiré largement les populations les plus pauvres, en quête d’emploi.

La pauvreté rurale existe aussi, minoritaire mais durable, qui concerne essentiellement des personnes âgées : même si leur nombre est réduit, ces personnes ont peu d’espoir de voir leurs revenus augmenter. Les personnes modestes vivent également dans une partie défavorisée des territoires périurbains, notamment là où l’industrie est la plus implantée. Une partie des couches moyennes qui vivent à la périphérie des villes ne profitent ni des niches fiscales ni des politiques sociales sous conditions de ressources et peuvent se sentir peu soutenues par la collectivité.

Les quartiers dit « prioritaires » ne sont pas – sauf une très petite minorité – ces zones à l’abandon, ces ghettos urbains que l’on décrit parfois, et leurs habitants ne vivent pas dans un régime « d’apartheid ». Mais il n’empêche que leur taux de pauvreté (38 %) y est trois fois supérieur que dans le reste du territoire, leur taux de chômage atteignant, lui, 23,2 %, soit 2,5 fois plus. Les difficultés sociales y sont d’une autre ampleur qu’ailleurs.

Pour mieux comprendre cette situation complexe et dépasser les polémiques simplistes, l’Observatoire des inégalités propose une formation unique en son genre. Elle associe des membres de l’Observatoire des inégalités et des experts de la question. Y interviendront :

  • Marco Oberti, professeur de sociologie à Sciences Po Paris et directeur de l’Observatoire sociologique du changement. Il vient de publier La ségrégation urbaine, avec Edmond Préteceille, coll. Repères, éditions La Découverte.
  • Vivien Roussez, ancien responsable du bureau de l’Observation des territoires au Commissariat général à l’égalité des territoires (CGET).
  • Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités, co-auteur du premier rapport sur les inégalités en France, publié en juin 2015 par l’Observatoire des inégalités.

Destinée à un public professionnel très large, cette journée ne nécessite pas de prérequis spécifiques. La première séance, animée par Louis Maurin, sera l’occasion de présenter la méthode de l’observation territoriale : comment s’y prendre ? Avec quelles sources ? Quels outils ? Observer les territoires, ce n’est pas seulement compiler des tableaux de données, mais saisir les phénomènes sociaux contemporains et les analyser, dresser des perspectives. La seconde séance, également animée par Louis Maurin, permettra de dresser un état des lieux de la situation, qui cherchera à aller au-delà des analyses simplistes et souvent binaires, en élargissant le champ au-delà de la question des revenus. Dans une troisième séance, Marco Oberti étudiera la question centrale de la ségrégation sociale en France : dans une ville, les inégalités ne sont pas identiques si la population est concentrée en fonction des niveaux de vie   ou pas. Enfin, dans la quatrième séance, Vivien Roussez, fera le point sur les politiques de réduction des inégalités territoriales : de quels outils disposons-nous pour réduire les inégalités territoriales ? Des impôts aux dépenses publiques, un ensemble de mécanismes redistribuent la richesse entre territoires. Quels sont-ils ? Comment évaluer leur impact ?

S’inscrire à la formation inégalités territoriales

Photo / © Bruno Bernier-Fotolia.com

Date de rédaction le 3 mai 2016

Dernière révision le 12 mai 2016

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