Quelles sont les communes où la pauvreté est la plus élevée ?

13 novembre 2015 - Garges-lès-Gonesses, La Courneuve, Aubervilliers... neuf des dix communes où le taux de pauvreté est le plus élevé se situent en banlieue parisienne. Etat des lieux de la pauvreté dans les communes de plus de 20 000 habitants. Extrait du Centre d’observation de la société.


Avec 44,5 % de pauvres, Grigny (91) est la commune où le taux de pauvreté est le plus élevé de France, selon l’Insee, au sein des villes dont plus de 20 000 personnes vivent dans un ménage fiscal [1]. Ce niveau est trois fois plus élevé que la moyenne nationale. Pour la première fois en 2015, l’institut a publié des données sur la pauvreté à un niveau inférieur au département, en utilisant le seuil à 60 % du niveau de vie médian. Ce travail confirme les estimations publiées dès janvier 2014 par le bureau d’études Compas, qui montraient des taux de pauvreté particulièrement élevés au sein des grandes agglomérations. Il souligne l’ampleur des écarts qui existent entre communes, avec un taux de pauvreté qui s’étend de 2 à 50 %.

Neuf des dix communes où le taux de pauvreté est le plus élevé se situent en banlieue parisienne, seule Roubaix vient s’intercaler. Parmi les dix villes où le taux de pauvreté est au contraire le plus faible, on trouve aussi huit communes d’Ile-de-France (Gif-sur-Yvette, Le Chesnay, Vélizy-Villacoublay…), illustrant l’étendue des inégalités au sein de la région. Vertou (banlieue nantaise) et Saint-Médard-en-Jalles (banlieue bordelaise) figurent aussi parmi les villes où le taux de pauvreté est le plus faible. Au total, dans ces dix communes les plus pauvres, le taux est inférieur à 6 %.

Les dix communes où le nombre de pauvres est le plus élevé sont, logiquement, les communes les plus peuplées : 340 000 pauvres à Paris, 200 000 à Marseille, 70 000 à Toulouse par exemple. Reste que l’on compte autant de pauvres (38 000) à Nîmes qu’à Nantes, pourtant deux fois plus peuplée. Ces communes rassemblent un million de pauvres, environ 12 % du total national.

Ces nouvelles données permettent de mieux décrire la réalité sociale du territoire. Elles traduisent la combinaison des effets d’un grand nombre de facteurs : de la composition sociale (plus ou moins d’employés et d’ouvriers ou de cadres) à l’histoire économique (l’impact de la crise industrielle notamment), en passant par les politiques de logement (et en particulier du logement social), les lieux d’implantation des populations immigrées ou des familles avec enfants, etc. Elles montrent comment la pauvreté est d’abord située au sein des grandes agglomérations, qui concentrent les emplois mais aussi le chômage et les inégalités.

Il faut bien mesurer les limites de notre classement. Tout d’abord, celle liée au découpage administratif. Nous n’avons retenu que les communes à part entière, ce qui est discutable [2]. Si l’on intègre les arrondissements de Paris, Lyon et Marseille dans le classement, celui-ci change : quatre arrondissements de la cité phocéenne figurent aux dix premières places par le taux de pauvreté le plus élevé.

Ensuite, celle de la taille. Nous n’avons comptabilisé que les communes de plus de 20 000 personnes vivant dans des ménages fiscaux. Il est difficile en effet de comparer des entités de tailles trop différentes. Si l’on intègre au classement l’ensemble des communes pour lesquelles le taux de pauvreté est mesuré (au moins 2 000 habitants), alors des communes de plus petite taille s’intercalent, comme Louvroil (banlieue de Maubeuge) où le taux de pauvreté atteint 43 %. Inversement, on trouve des communes comme Ennery (Val-d’Oise) ou Bonnelles (Yvelines) qui comptent moins de 2 % de pauvres. Un autre monde.

Pour aller plus loin, il faudra compléter ces données. D’abord, avec des chiffres par types de communes semblables. Une ville isolée de 10 000 habitants n’a pas les mêmes fonctions qu’une commune de même taille qui se trouve en banlieue proche d’une agglomération de plusieurs centaines de milliers d’habitants. Les données de l’Insee indiquent ainsi que les deux tiers des pauvres vivent au centre des grandes agglomérations ou de leur banlieue. Ensuite, avec des données par quartiers. Celles-ci permettent de lire encore mieux le détail de la pauvreté. Les données (non publiées) du bureau d’études Compas indiquent que certains quartiers de Paris (comme la Goutte d’Or) connaissent des taux de pauvreté équivalents aux niveaux les plus élevés des communes. Et ces quartiers, regroupés, ont une taille équivalente à une ville moyenne de province. L’Insee ne diffuse pas encore ce type de données mais nul doute que leur diffusion aboutirait à faire progresser la connaissance du territoire.

Les dix communes où le taux de pauvreté est le plus élevé
Seuil à 60% du niveau de vie médian
Unité : %

Grigny44,5
Clichy-sous-Bois43,4
Roubaix42,0
Garges-lès-Gonesse41,9
La Courneuve41,1
Aubervilliers40,8
Villiers-le-Bel36,3
Pierrefitte-sur-Seine36,3
Creil35,7
Bobigny35,6

Source : Insee - Données 2012
Les dix communes où le taux de pauvreté est le plus bas
Seuil à 60% du niveau de vie médian
Unité : %

Gif-sur-Yvette3,4
Le Chesnay4,4
Vélizy-Villacoublay5,0
Montigny-le-Bretonneux5,0
Vertou5,2
Maisons-Laffitte5,2
Le Plessis-Robinson5,6
Saint-Médard-en-Jalles5,7
Chatou5,7
Versailles5,9

Source : Insee - Données 2012
Les 10 communes où le nombre de pauvres est le plus élevé
Seuil à 60 % du niveau de vie médian

Paris342 792
Marseille201 467
Toulouse70 219
Nice69 117
Lyon63 033
Montpellier58 802
Strasbourg51 735
Lille46 373
Nantes38 882
Nîmes38 708

Source : Insee - Données 2012

Pour aller plus loin : toutes ces données sont disponibles sur le site de l’Insee. Voir "Un nouveau regard sur la pauvreté et les inégalités en France", Insee, juin 2015.

Extrait du Centre d’observation de la société.

Les indicateurs de cet article.
Les indicateurs utilisés dans ce texte sont le taux de pauvreté et le nombre de pauvres. Le taux de pauvreté rapporte le nombre de pauvres d’une commune à sa population totale. Le nombre de pauvres comptabilise l’ensemble des personnes dont le revenu est inférieur à un seuil qui dépend de la taille du ménage, mais vaut 1 000 euros pour une personne seule en 2013. Ce chiffre est équivalent à 60 % du niveau de vie médian (autant touche moins, autant touche davantage) par personne pour l’ensemble de la France. Le niveau de vie est égal au revenu déclaré et aux prestations sociales moins les impôts.

Photo / © Bruno Bernier- Fotolia.com

Notes

[1Les personnes vivant en collectivité ne sont pas comptabilisées.

[2Inclure ainsi Allauch, commune de la métropole marseillaise, mais ne pas distinguer les 12 et 13 arrondissements voisins relève de l’arbitraire statistique.

Date de rédaction le 13 novembre 2015

Dernière révision le 24 novembre 2015

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