Emploi et chômage


Emploi : 7,7 millions de personnes fragilisées

16 mars 2017 - Chômeurs, travailleurs précaires et découragés du travail : en France, près de huit millions de personnes, soit un quart du total des actifs, sont fragilisées face à l’emploi.


La France compte 2,9 millions de chômeurs selon les données 2015 de l’Insee, soit un dixième de la population dite « active » (celle qui a un emploi ou en cherche un). Ce chiffre, à lui seul, reflète bien mal la situation du marché du travail. Selon nos calculs, on peut estimer le nombre de personnes fragilisées face à l’emploi à 7,7 millions au total. En effet, en plus de ses 2,9 millions de chômeurs, la France compte 3,4 millions de travailleurs précaires : principalement des personnes en intérim ou en contrat à durée déterminée, que ce soit dans le secteur privé comme dans celui du public, très friand lui aussi de précarité. On compte aussi 1,4 million de découragés, qui ne recherchent plus activement un travail tant la situation est dégradée. Ils ne sont donc plus comptés comme « actifs ». Mais quand l’Insee les interroge, ils répondent pourtant qu’ils souhaiteraient travailler. Parmi eux, des femmes qui n’ont aucun mode de garde pour leurs enfants, des adultes très peu qualifiés qui baissent les bras devant le type d’emploi et les rémunérations qu’on leur propose.

Si on additionne les chômeurs et toutes les populations marginalisées (précaires et découragés) par rapport à la norme d’emploi de notre société, on aboutit à un total de près de huit millions de personnes, soit un quart du total des actifs. Dans le meilleur des cas, on peut se dire qu’une partie des chômeurs est depuis peu sans emploi et ne le restera pas longtemps, que certains « précaires » ont choisi ce type de statut pour mener une vie plus « flexible ». Imaginons donc que l’on puisse amputer notre chiffre d’un million de personnes. L’estimation porterait alors sur sept millions de personnes en mal-emploi, au minimum.

Mais on devrait aussi ajouter tous les découragés qui n’osent même plus déclarer à l’Insee qu’ils voudraient travailler tant ils sont marginalisés. Ceux qui, par exemple, trop âgés et trop peu qualifiés, attendent l’âge de la retraite sans rien demander. Ils n’apparaissent plus dans aucun chiffre. D’autre part, qui a noté que le taux d’activité des hommes de 25-49 ans, âge auquel quasiment plus personne n’étudie est passé de 97 % au milieu des années 1980 à 93 % en 2015 ? Ce mouvement qui semble modeste représente l’équivalent de 600 000 hommes qui se seraient retirés du marché du travail : combien d’entre eux l’ont choisi et combien ont jeté l’éponge ? Il faudrait aussi ajouter les 1,7 million de salariés, dans leur immense majorité des femmes, qui occupent un temps partiel subi et voudraient travailler davantage. Enfin, nos données ne comptabilisent pas ceux que certains présentent désormais comme « l’avenir du travail » parce que, à l’instar des chauffeurs Uber, ils sont « à leur compte », sans contrat durable. Toute une partie de ces non-salariés, en particulier les peu qualifiés, vivotent dans une précarité encore plus grande, en enchaînant les heures de travail pour de très faibles rémunérations.

Un quart des actifs est concerné : pourquoi alors ne s’inquiète-t-on pas davantage de cette situation ? Parce que le mal-emploi ne frappe pas au hasard : il concerne une population peu organisée collectivement, dont les intérêts sont mal représentés. Contrairement au discours commun, le risque d’être au chômage et d’y rester, d’occuper un emploi précaire, ou de décrocher de l’univers professionnel ne se réduit pas au fait d’être qualifié ou non. La masse des ces « mal-employés » sont des jeunes qui n’ont pas réussi à obtenir un titre scolaire, mais aussi des femmes qui ont cru pouvoir s’arrêter temporairement pour élever leurs enfants et qui n’arrivent plus à reprendre pied dans l’emploi, des plus âgés qui baissent les bras.

Le bilan du mal-emploi en France
Nombre (en milliers)
Part (en %)
Mal-emploi7 70025
- Dont précaires 3 40011
- Dont chômeurs2 9009
- Dont inactifs1 4005
Actifs ou souhaitant travailler30 900100
En temps partiel contraint1 7006
Chômage au sens du BIT.
Source : calculs de l'Observatoire des inégalités d'après Insee - Données 2015 - © Observatoire des inégalités

Photo / © ignacio sanz - Fotolia.com

Date de rédaction le 16 mars 2017

Dernière révision le 20 mars 2017

© Tous droits réservés - Observatoire des inégalités - (voir les modalités des droits de reproduction)

Soutenir l'Observatoire des inégalités

Sur le même sujet

23 mai 2017
Le sentiment d’injustice croît dans notre pays. Pourtant, le débat politique ne peut se résumer à l’alternative proposée par les deux finalistes de l’élection présidentielle : protection identitaire dans un camp, libéralisme individualiste dans l’autre. Le point de vue de Patrick Savidan, professeur de philosophie politique et président de l’Observatoire des inégalités. Extrait du quotidien (...)

Sur le même sujet

La France invisible des serviteurs

4 mai 2017
La transformation de la France en une société de services a redistribué les rôles sociaux entre ceux dont le travail se fait dans la lumière et une classe de serviteurs, dont le travail est invisible. Le point de vue de Denis Maillard. Extrait de Slate.fr.

Une formation unique en France pour comprendre les inégalités

31 janvier 2017
Le 30 mars prochain, l’Observatoire des inégalités organise une formation unique en France sur la question des inégalités. Objectif : se doter des outils pour mieux comprendre la situation sociale de notre pays.

Inégaux face à la pollution : tout commence au travail

20 septembre 2016
Près d’un salarié sur trois respire des fumées ou des poussières ou est en contact avec des produits dangereux pour sa santé sur son lieu de travail. Un sur dix est exposé à au moins un produit cancérogène. Ce sont d’abord les travailleurs des milieux populaires qui subissent ces nuisances. Par Valérie Schneider.

Sanctionner les abus du recours aux contrats précaires

17 juin 2016
Pour réduire les inégalités face à l’emploi, il faut mieux former les jeunes et sanctionner l’abus de recours aux contrats précaires. Rendre l’emploi encore plus flexible n’est pas la bonne solution. Par Denis Clerc, économiste, fondateur du magazine Alternatives économiques. Extrait de l’ouvrage « Que faire contre les inégalités ? 30 experts s’engagent (...)

Portrait des quartiers en difficulté

10 juin 2016
Le taux de pauvreté atteint 42 % dans les quartiers en difficulté contre 16 % dans les villes qui les abritent. Une population plus souvent jeune, familiale, peu diplômée et étrangère.

FERMER