Français et étrangers



Les enfants d’origine étrangère peinent à trouver un emploi

24 août 2010 - 77 % des jeunes occupent un emploi en moyenne trois ans après la fin de leurs études, mais c’est le cas de 66 % des enfants dont les deux parents sont nés à l’étranger.


Trois ans après la fin de leurs études, 77 % des jeunes occupent un emploi en moyenne. Mais le taux s’élève à 79 % pour les enfants dont les deux parents sont nés en France et de 66 % pour les enfants dont les deux parents sont nés à l’étranger. Comme le montrent les résultats de l’enquête génération 2004 du Céreq publiées par l’Insee « Formations emploi édition 2009 », les inégalités d’accès à l’emploi selon l’origine sont marquées.

Les écarts sont considérables selon les nationalités. Les difficultés d’insertion sont plus marquées pour les enfants dont les deux parents sont nés au Maghreb (61 % ont un emploi) ou en Afrique sub-saharienne (59 %). La part des jeunes en emploi à durée indéterminée est supérieure de 8 points entre les jeunes dont les deux parents sont nés en France (64%) et ceux dont les deux parents sont nés à l’étranger (56%). Cet écart passe à 12 points quand les deux parents sont nés au Maghreb. Un jeune sur quatre est en emploi à temps partiel quand les deux parents sont nés en Afrique sub-saharienne contre 14 % en moyenne.

Insertion professionnelle des jeunes selon l'origine nationale, trois après la fin des études
Unité : %
Répartition
Taux de chômage
Ont un emploi
Ont un emploi à durée indéterminée
Ont un emploi à temps partiel
Effectifs
Ensemble10014776314731 000
Les deux parents sont nés en France7813796413569 000
Un de leurs deux parents est né à l'étranger101476631475 000
Les deux parents sont nés à l'étranger122566561687 000
- au Maghreb63061521643 000
- en Europe du Sud2985721212 500
- en Turquie1196951138 000
- en Afrique sub-saharienne1295953239 500
- ailleurs22367571514 000

Source : Céreq - Enquête génération 2004 - © Observatoire des inégalités

On retrouve ces inégalités face au chômage dont le taux s’élève à 28 % pour les jeunes actifs dont les deux parents sont nés à l’étranger (hors UE), contre 13 % pour ceux dont les deux parents sont nés en France. Le diplôme joue un rôle essentiel : en moyenne, les enfants d’étrangers sont moins diplômés que le reste des jeunes, ce qui explique leur situation dans l’emploi.

Mais quel que soit le niveau scolaire, il existe un écart avec les jeunes ayant deux parents nés en France : le taux de chômage des non-diplômés atteint 30 % trois ans après leur sortie du système éducatif. C’est considérable, mais nettement inférieur aux enfants d’étrangers hors Union européenne (42 %). A diplôme équivalent, le taux de chômage pour les enfants de parents français et ceux ayant des parents étrangers peut varier de 1,5 pour les titulaires d’un CAP/BEP à 2,2 pour les diplômés de l’enseignement supérieur.

Bien des facteurs sont à prendre en considération, comme les discriminations, mais aussi l’origine sociale des jeunes, le rôle du réseau familial et enfin la fermeture de millions d’emplois de la fonction publique à ceux de ces jeunes demeurés étrangers.

Taux de chômage après la fin des études * selon l'origine nationale et le diplôme
Unité : %
Ensemble
Non diplômés
CAP-BEP
Bac
Bac + 2
Bac + 3 ou plus
Deux parents nés en France1330161266
Un parent né en France1427191587
Deux parents nés à l'étranger dont au moins 1 en UE10216998
Deux parents nés à l'étranger hors UE284226231813
* Ensemble des jeunes actifs sortis du système éducatif en 2004 : 664 000 individus
Source : Céreq - Enquête génération 2004 - © Observatoire des inégalités

Le sentiment d’avoir subi une discrimination à l’embauche est tout autant partagé par les hommes et femmes sortis sans diplôme du système éducatif (18 %) mais il est plus élevé pour les jeunes dont les deux parents sont nés à l’étranger (32 %). Ce sentiment de discrimination à l’embauche est ressenti par un tiers de l’ensemble des sortants d’une génération dont les deux parents sont nés à l’étranger contre 10 % pour ceux dont les deux parents sont nés en France. Ce taux passe à 14 % lorsqu’un seul des parents est né à l’étranger. Un tel écart peut difficilement résulter uniquement d’une sensibilité qui serait plus grande des enfants de parents étrangers.

Sentiment de discrimination à l'embauche pour les sortants de 2004 selon le diplôme, le sexe et l'origine sociale
Unité : %
Ensemble

Hommes
Femmes
Les 2 parents sont nés en France
Un seul des deux parents est né à l'étranger
Les deux parents sont nés à l'étranger
Ensemble131314101433
Non diplômé181818132332
CAP ou BEP151417121833
Bac13121491435
Bac + 21091181131
Licence8986729
Bac + 41211139638
Master1181581430
Doctorat109129828

Source : Céreq - Enquête génération 2004 - © Observatoire des inégalités

- Pour en savoir plus :

Le taux de chômage selon le diplôme

La composition sociale des filières, de la 6ème aux classes préparatoires

Génération 2004, des jeunes pénalisés par la conjoncture, Céreq - Bref n° 248 – janvier 2008.

Photo / © lightpoet - Fotolia

Date de rédaction le 24 août 2010

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