Catégories sociales



Travail pénible : les ouvriers à la peine

23 septembre 2014 - 54 % des ouvriers connaissent des contraintes de rythme de travail contre 26 % des cadres supérieurs. 32 % des ouvriers déclarent subir des nuisances sonores sur leur lieu de travail, contre 6 % des cadres. Entre les métiers les moins qualifiés et le haut de la hiérarchie, les conditions de travail n’ont pas grand chose à voir.


Les salariés sont dans l’ensemble mieux protégés face aux risques qu’hier, mais leur travail n’a pas été allégé. La part de salariés concernés par des contraintes liées au rythme de travail [1] ne diminue pas. Elle est passée de 31,6 % à 35,2 % entre 2005 et 2013, selon le ministère du Travail [2]. Pour l’essentiel, il s’agit d’ouvriers qualifiés (54 %) qui voient leurs gestes au quotidien commandés par un rythme de travail imposé par une machine ou par la surveillance de la hiérarchie. Ces contraintes sont beaucoup moins répandues chez les professions intermédiaires et les employés administratifs, dont beaucoup travaillent dans le secteur tertiaire, mais elles concernent tout de même 34,8 % des premières et 31,6 % des seconds. Les employés de commerce et de services ont ressenti la plus forte hausse de ces contraintes, + 8 points entre 2005 et 2013 (de 19,9 % à 28 %), contre + 3,6 points pour l’ensemble des personnes interrogées.

Contraintes de rythme de travail *
Selon la catégorie socioprofessionnelle
Unité : %
2005
2013
Cadres22,825,6
Professions intermédiaires32,434,8
Employés administratifs27,131,6
Employés de commerce et services19,928,0
Ouvriers qualifiés47,354,0
Ouvriers non qualifiés46,145,8
Ensemble31,635,2
* Connaître trois contraintes parmi les suivantes : le déplacement automatique d’un produit ou d’une pièce, la cadence automatique d’une machine, d'autres contraintes techniques, la dépendance immédiate vis-à-vis des collègues, des normes de production à satisfaire en une journée, une demande extérieure, les contraintes ou surveillances permanentes exercées par la hiérarchie et un contrôle ou un suivi informatisé.
Source : ministère du Travail - © Observatoire des inégalités, ensemble des salariés, France métropolitaine.

La pénibilité physique concerne essentiellement les moins qualifiés. 64,6 % des ouvriers non qualifiés, contre 7,9 % des cadres et 34,3 % de l’ensemble des salariés, déclarent subir au moins trois contraintes physiques [3]. La part des salariés qui subissent ces pénibilités a augmenté de six points entre 2005 et 2013 chez les ouvriers qualifiés, passant de 57,2 % à 63,2 %.

Contraintes physiques* liées au travail
Unité : %
2005
2013
Cadres6,57,9
Professions intermédiaires22,725,0
Employés administratifs9,310,8
Employés de commerce et services45,046,1
Ouvriers qualifiés57,263,2
Ouvriers non qualifiés61,464,6
Ensemble32,734,3
* Connaître trois contraintes physiques parmi les suivantes : rester longtemps debout, rester longtemps dans une posture pénible, effectuer des déplacements à pied longs ou fréquents, devoir porter ou déplacer des charges lourdes, subir des secousses ou des vibrations.
Source : ministère du Travail - © Observatoire des inégalités, ensemble des salariés, France métropolitaine.

Qui est soumis au rythme d’une machine ?

Entre 1978 et 2013, la part de salariés soumis au déplacement automatique d’une machine est passée de 3 % à 8 %. La proportion de ceux qui sont soumis à la cadence d’une machine a augmenté d’un point sur la période (de 6 à 7 %). Le ministère du Travail ne livre pas de données sur le travail à la chaîne par catégorie sociale en 2013, mais les derniers chiffres disponibles (2005) n’ont sans doute pas beaucoup évolué. Pour l’essentiel, il s’agit d’ouvriers dont 38,8 % voient leurs gestes au quotidien commandés par une machine. Le travail automatisé est beaucoup moins répandu chez les employés et les professions intermédiaires, dont beaucoup se situent dans le secteur tertiaire, même s’il concerne respectivement 5,6 % et 6,5 % d’entre eux.

Part des salariés dont le travail est soumis au rythme d’une machine

Unité : %
1978
1984
1991
1998
2005
2013
Soumis au déplacement automatisé d'un produit ou d'une pièce334678
Soumis à la cadence automatique d'une machine646777

Source : ministère du Travail - © Observatoire des inégalités, ensemble des salariés, France métropolitaine.


Le travail à la chaîne ou sous contrainte automatique
Selon la catégorie socioprofessionnelle
Unité : %
1984
1991
1998
2005
Cadres et professions intellectuelles supérieurs0,31,01,11,7
Professions intermédiaires2,03,35,26,5
Employés1,83,63,85,6
Ouvriers24,429,735,238,8
Ensemble9,612,013,114,0
Le travail à la chaîne ou sous contrainte automatique : travail à la chaîne ou rythme de travail soumis à la cadence d'une machine ou rythme de travail dépendant d'un déplacement automatique d'un produit ou d'une pièce.
Source : ministère du Travail - © Observatoire des inégalités, ensemble des salariés, France métropolitaine.

Qui porte des charges lourdes ?

En 2013, 41 % des salariés déclaraient porter ou déplacer des charges lourdes, deux points de plus qu’en 2005. 67,5 % des ouvriers sont dans ce cas, contre 12,8 % de cadres supérieurs. La difficulté de l’effort a des répercussions sur l’organisme et participe à la réduction de l’espérance de vie. A 35 ans, un homme cadre supérieur a en moyenne une espérance de vie de 47 ans, un ouvrier de 41 ans (lire Les inégalités d’espérance de vie entre les catégories sociales).

Efforts physiques selon la catégorie socioprofessionnelle
Unité : %
2005
2013
Proportion de salariés qui déclarent porter ou déplacer des charges lourdes :
Cadres et professions intellectuelles supérieures10,912,8
Professions intermédiaires27,631,9
Employés40,545,6
Ouvriers64,267,5
Ensemble39,041,0

Source : ministère du Travail - © Observatoire des inégalités, ensemble des salariés, France métropolitaine.

Qui travaille dans le bruit ?

Près d’un tiers des ouvriers déclarent subir des nuisances sonores au travail, c’est-à-dire déclarant entendre une personne placée à 2 ou 3 mètres à condition qu’elle élève la voix, contre 6,4 % des cadres supérieurs, soit cinq fois plus.

Subir des nuisances sonores* au travail
Selon la catégorie socioprofessionnelle
Unité : %
2005
2013
Cadres et professions intellectuelles supérieures5,66,4
Professions intermédiaires11,913,6
Employés 8,311,3
Ouvriers 30,531,7
Ensemble14,715,8
*Salarié déclarant entendre une personne placée à 2 ou 3 mètres à condition qu'elle élève la voix.
Source : ministère du Travail - © Observatoire des inégalités, ensemble des salariés, France métropolitaine.

Qui travaille dans un environnement hostile ?

En 2013, près d’un salarié sur trois subit des nuisances liées à son environnement de travail telles que la poussière, la fumée, ou encore le contact avec des produits dangereux. Parmi eux, deux tiers des ouvriers exercent leur métier dans la saleté, contre 10,9 % des cadres supérieurs. La moitié des ouvriers sont au contact de produits dangereux, contre 13,4 % des cadres.

Nuisances liées à l'environnement du travail
Unité : %

Respirer des fumées ou des poussières
Cadres supérieurs10,9
Professions intermédiaires23,1
Employés 21,7
Ouvriers 66,3
Ensemble30,7
Etre en contact avec des produits dangereux
Cadres supérieurs13,4
Professions intermédiaires27,9
Employés23,1
Ouvriers 51,6
Ensemble29,3

Source : ministère du Travail - Données 2013 - © Observatoire des inégalités, ensemble des salariés, France métropolitaine.

Qui subit des pressions au travail ?

A la pénibilité physique s’ajoutent de plus en plus des contraintes de stress liées à la rationalisation des tâches, notamment dans le secteur des services. Les cadences ne sont plus l’apanage de la chaîne ouvrière, les caissiers ou les télé-opérateurs en savent quelque chose, même si physiquement leur travail est malgré tout moins usant. Les situations de tensions, que ce soit avec le public ou avec les supérieurs hiérarchiques, sont présentes à peu près dans les mêmes proportions pour toutes les catégories sociales.

Evolution des conditions de travail entre 2003 et 2010
Unité : %
2003
2010
Variation en points
Contrôle ou surveillance permanente par la hiérarchie
Cadres supérieurs11,514,22,7
Professions intermédiaires21,623,21,6
Employés administratifs21,925,63,7
Employés de commerce et de service27,333,15,8
Ouvriers qualifiés32,130,7-1,4
Ouvriers non-qualifiés36,233,5-2,7
Ensemble25,226,81,6
Comportements méprisants au travail
Cadres supérieurs9,713,53,8
Professions intermédiaires10,415,95,5
Employés administratifs11,615,53,9
Employés de commerce et de service11,816,54,7
Ouvriers qualifiés9,614,95,3
Ouvriers non qualifiés11,716,24,5
Ensemble10,615,44,8

Source : ministère du Travail - Enquête Sumer - © Observatoire des inégalités, ensemble des salariés, France métropolitaine.

Comment cela évolue-t-il ?

Depuis le milieu des années 1980, les conditions de travail se sont plutôt dégradées. Comment expliquer ces évolutions ? Il faut d’abord prendre ces chiffres avec précaution : il s’agit de déclarations. Pour partie, elles reflètent une exigence plus grande par rapport aux conditions de travail. La montée du signalement de comportements méprisants peut aussi être due à une plus grande sensibilité au phénomène. Cela ne peut pas tout expliquer, notamment l’ampleur de la dégradation de la situation pour les catégories les moins qualifiées. Ces déclarations résultent aussi d’une pression accrue sur les salariés dans un contexte de chômage de masse. Pour ce qui est des cadres, le groupe se « massifie » en augmentant de taille : on y trouve de plus en plus de salariés qui occupent des emplois qui ne figurent pas parmi les plus prestigieux et qui ont moins d’autonomie. La rationalisation de l’organisation de la production dans les services se répercute aussi sur eux.

Sources :
Deux types d’études sont disponibles pour appréhender les conditions de travail des salariés. Une « enquête sur les conditions de travail », plus globale, réalisée tous les sept ans auprès de personnes en emploi (27 000 en 2013), qui recueille les conditions de travail telles qu’elles sont perçues par les enquêtés, et une « enquête de surveillance médicale des expositions aux risques professionnels » (dite Sumer [4]) , qui porte davantage sur les liens entre santé et conditions de travail. Toutes deux apportent des éclairages intéressants.

Pour en savoir plus :

Notes

[1Connaître trois contraintes parmi les suivantes : le déplacement automatique d’un produit ou d’une pièce, la cadence automatique d’une machine, d’autres contraintes techniques, la dépendance immédiate vis-à-vis des collègues, des normes de production à satisfaire en une journée, une demande extérieure, les contraintes ou surveillances permanentes exercées par la hiérarchie et un contrôle ou un suivi informatisé.

[2« Conditions de travail. Reprise de l’intensification du travail chez les salariés », ministère du Travail, Dares Analyses n° 049, juillet 2014.

[3Subir au moins trois contraintes physiques parmi les suivantes : rester longtemps debout, rester longtemps dans une posture pénible, effectuer des déplacements à pied longs ou fréquents, devoir porter ou déplacer des charges lourdes, subir des secousses ou des vibrations.

[4« Les expositions aux risques professionnels - Les contraintes organisationnelles et relationnelles » - Enquête Sumer 2010, Dares, Synthèse. Stat’, n° 07, aout 2014.

Date de rédaction le 23 septembre 2014

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