Conditions de vie



Entre 1,1 et 12 millions de précaires de l’énergie

6 janvier 2017 - La précarité énergétique concerne entre 1,9 % et 20 % des ménages, soit entre 1,1 et 12,1 millions de personnes. Des niveaux très différents suivant la définition que l’on utilise.


La précarité énergétique concerne entre 1,9 % et 20 % des ménages, soit entre 1,1 et 12,1 millions de personnes suivant la définition que l’on utilise, indique l’Observatoire national de la précarité énergétique (ONPE), à partir des données de l’enquête Logement de 2013 réalisée par l’Insee. Les précaires énergétiques sont les personnes qui n’arrivent pas à se chauffer correctement du fait de leurs faibles moyens ou de leurs conditions d’habitat. Il existe plusieurs façons de mesurer cette précarité, qui aboutissent à des résultats dont l’amplitude va de un à dix.

On peut d’abord évaluer la précarité énergétique en posant la question aux intéressés. Ainsi, 6 % des ménages à bas revenus (les 30 % les plus pauvres), soit 4,1 millions de personnes, disent avoir souffert du froid selon au moins un des motifs suivants : une installation de chauffage insuffisante, une panne durable ou un mauvais réglage de leur chauffage, une mauvaise isolation, un manque d’argent ou une coupure en raison d’impayés. La difficulté avec cet indicateur, c’est qu’il dépend de la sensibilité au froid des ménages et qu’il ne prend pas en compte les dépenses d’énergie. Un ménage pauvre qui dépense beaucoup pour atteindre une température convenable de chauffage selon lui (même faible, mais à laquelle il s’est habitué) n’est pas pris en compte.

On peut aussi mesurer la part de ménages dont la dépense en énergie (chauffage, éclairage, appareils électroménagers, etc.) rapportée à leur revenu est « élevée ». Il s’agit du « taux d’effort énergétique ». Si l’on considère comme élevé un taux d’effort supérieur à 10 % et que l’on ne retient que les ménages parmi les 30 % les plus pauvres, on compte 10,4 % de ménages précaires d’un point de vue énergétique, soit 5,5 millions de personnes selon l’ONPE en 2013. Le taux d’effort a plusieurs inconvénients : très sensible au seuil utilisé, il ne prend en compte ni ce qui reste à vivre après les dépenses de logement, ni la composition des ménages.

Pour pallier la difficulté, l’ONPE a construit un indicateur qui combine à la fois la notion de bas niveaux de vie   et de dépenses d’énergie élevées. Un ménage est dit « précaire » si sa dépense en énergie est supérieure à la dépense médian  e nationale et si son revenu net (moins les impôts et les charges de logement hors chauffage) est inférieur au seuil de pauvreté par personne [1]. L’Observatoire calcule deux versions de cet indicateur qui rapportent la dépense d’énergie soit à la composition du ménage, soit à la taille du logement. 10,3 % des ménages (4,8 millions de personnes) seraient concernés dans le premier cas et 13,9 % des ménages (8,5 millions de personnes) dans le deuxième cas.

Les différentes mesures de la précarité énergétique
Part des ménages (en %)
Nombre de personnes (en millions)
Ménages à bas revenus* qui disent souffrir du froid dans leur logement64,1
Ménages pauvres** dont la dépense en énergie est supérieure à la médiane10,34,8
Ménages à bas revenus dont le taux d'effort énergétique est supérieur à 10 %10,45,5
Ménages précaires selon au moins un indicateur20,412,1
Ménages précaires selon tous les indicateurs1,91,1
*Bas revenus : 30 % les plus pauvres. ** Pauvres : niveau de vie inférieur à 60 % du niveau de vie médian.
Source : ONPE - Données 2013 - © Observatoire des inégalités

Pour compléter cet ensemble, l’ONPE a calculé deux autres indicateurs : le premier représente la part des ménages en situation de précarité énergétique selon au moins un des indicateurs cités plus haut, en retirant les doubles comptes. On aboutit alors à 20,4 % des ménages, soit 12,1 millions de personnes concernées par la précarité énergétique ; le second prend en compte tous les indicateurs de précarité à la fois : 1,9 % des ménages (1,1 million de personnes) connaissent cette précarité.

Entre 1,1 et 12 millions de précaires de l’énergie, qui dit juste ? Les marges sont grandes car le phénomène est complexe à apprécier. L’indicateur doit combiner à la fois la mesure d’un manque d’accès à l’énergie et de bas niveaux de vie. Indiquer que 20 % de la population vit en situation de précarité est frappant [2] d’un point de vue journalistique mais cela n’a qu’une portée limitée, tant on mélange des ménages aux situations différentes. Pour autant, le travail de l’ONPE a le mérite de signaler que les difficultés de chauffage ne se limitent pas à la frange extrême des plus pauvres qui vivent dans des taudis.

Le plus inquiétant, c’est que tous les outils de mesure laissent penser que le phénomène progresse. Chacun des indicateurs utilisé augmente entre 1996 (première année de mesure) et 2013. Il faut rester prudent dans l’analyse, car les mesures sont réalisées à intervalles très espacés (1996, 2002, 2006 et 2013) et une année particulièrement froide peut jouer sur les résultats. Une sensibilité plus grande à la qualité du logement peut aussi influencer l’indicateur subjectif. Mais, comme le montre notre graphique (ci-dessous), la hausse des prix de l’énergie y est certainement pour beaucoup. L’augmentation a été très nettement supérieure à l’inflation depuis 2005 : entre 1996 et 2015, alors que les prix ont globalement progressé de 30 %, ceux de l’énergie payés par les ménages pour se chauffer (électricité, gaz et fioul domestiques) se sont accrus de plus du double, 70 %.


Pour en savoir plus :
« Analyse de la précarité énergétique à la lumière de l’enquête nationale logement 2013 », Charles-André Bernard et Olivier Tessier, CSTB, Observatoire national de la précarité énergétique, novembre 2016. Une synthèse est aussi disponible.

Cet article est repris du Centre d’observation de la société.

Photo / © Stéphanie Lacombe. Image tirée de « En résistance contre le froid », série visible sur www.stephanielacombe.com/serie

Notes

[1Seuil fixé à 60 % du niveau de vie médian.

[2C’est d’ailleurs ce qu’a retenu du rapport toute la presse qui en a rendu compte.

Date de rédaction le 6 janvier 2017

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