Revenus, niveau de vie, patrimoine



Combien gagnent les très riches ?

31 mars 2017 - 2,7 millions de personnes gagnent plus de 61 000 euros par an en France. Ces 10 % les plus riches reçoivent, à eux seuls, une masse de revenus 1,4 fois plus importante que les 50 % du bas de la pyramide.


2,7 millions d’adultes ont un revenu supérieur à 61 000 euros par personne [1] et par an avant impôts et prestations sociales en France (données 2013), selon des travaux réalisés à partir des données fiscales [2]. Ces près de trois millions de personnes se classent parmi les 10 % les plus riches. Le revenu moyen de cette tranche est de 111 000 euros par an. C’est sept fois plus que le revenu moyen des 50 % aux revenus les plus faibles (15 510 euros de revenus moyens) et trois fois plus que la tranche située entre les 50 % les plus pauvres et les 10 % les plus riches (38 920 euros en moyenne).

On entre au sein des 1 % les plus riches (270 000 personnes) à partir de 162 400 euros par an. En moyenne, les revenus annuels de cette tranche s’établissent à 360 000 euros. Au sommet de l’échelle, il faut percevoir plus de 536 000 euros l’an pour figurer dans le club des 0,1 % ultra-privilégiés (27 000 contribuables). Tout en haut, 267 individus toucheraient, selon leurs déclarations fiscales, près de 19 millions d’euros par an en moyenne.

Ces données sur le haut de la pyramide doivent être utilisées avec beaucoup de précautions. D’une part, avec des groupes qui portent sur des très petits échantillons, les données sont très volatiles : un petit nombre d’individus ayant des revenus très élevés peut faire varier sensiblement les données d’une année sur l’autre. D’autre part, en dépit du nombre de solutions pour réduire de façon drastique leurs impôts, ces très riches reversent une part non négligeable de leurs revenus à l’administration fiscale : il ne s’agit pas de ce dont ils disposent pour vivre (mais même en divisant ces chiffres par deux, on obtient des sommes extraordinaires pour le commun des mortels).

Les écarts sont énormes à l’intérieur du club des riches. Avec au minimum 60 000 euros de revenu par an et par adulte, on mène une vie sans grand rapport avec le reste de la population et on assure en même temps, le devenir de ses enfants en se construisant un patrimoine. Avec au moins 500 000 euros par an, on poursuit d’autres stratégies financières : on protège ses descendants pour des générations entières et l’argent perçu sert à la fois à maintenir un standing de vie extrêmement luxueux et à accumuler un patrimoine diversifié (immobilier, entreprises, œuvres d’art, etc.).

Répartition des revenus avant impôts par tranche de revenus
Nombre d'adultes
Part de la population
en %
Revenu moyen annuel par personne
en euros
Part dans la masse des revenus
en %
De 0 à 27 420 euros13 362 8705015 51022,5
De 27 420 à 60 970 euros10 690 2964038 92045,2
Plus de 60 970 euros2 672 57410111 23032,3
... dont plus de 162 400 euros267 2571359 29010,4
... dont plus de 536 410 euros26 7260,11 308 2903,8
... dont plus de 2 064 350 euros2 6730,015 181 8501,5
... dont plus de 9 562 310 euros2670,00118 990 1200,6
Revenus avant impôts et prestations sociales par personne. Adultes de 20 ans et plus. Le revenu des couples mariés est divisé par deux.
Source : Thomas Piketty et al. - Données fiscales 2013 - © Observatoire des inégalités

La part des très riches dans le revenu national

Les 10 % les plus riches reçoivent près d’un tiers du total des revenus distribués en France alors que la moitié de la population dont les revenus sont les plus bas en reçoit à peine un quart. Les revenus des 1 % d’ultra-riches représentent 10 % de la masse des revenus distribués en France [3].

Ce tiers du revenu national, capté par les 10 % les plus riches, constitue une part beaucoup plus faible qu’au début du siècle où les plus riches en recevaient la moitié. Celle-ci s’est érodée lors des deux grandes guerres mondiales du XXe siècle et sous l’effet de la crise des années 1930. Elle est remontée au cours des 20 premières années des Trente Glorieuses : la très forte croissance des revenus de cette période a d’abord profité aux plus aisés.

Du milieu des années 1960 au début des années 1980, la part des revenus des 10 % les plus riches a régulièrement diminué, pour passer de 37,7 % à 31 % du revenu national, au bénéfice des classes moyennes et populaires. La part des 50 % les plus pauvres, par exemple, a augmenté de 18,5 à 22,7 %. Le faible niveau du chômage et l’implantation syndicale ont conduit à cette époque à de fortes hausses de salaires : en mai 1968, les accords de Grenelle ont eu pour conséquence une hausse de 35 % du salaire minimum.

Le début des années 1980 a marqué un tournant avec le retour d’une phase de forte progression de la part du revenu national dévolue aux plus riches, avec un glissement de 4 points du revenu global en leur faveur de 1980 à 1989, de 31 à 34 %. Cette part s’est maintenue à ce niveau pendant quinze ans. La période 1980-2008 a été encore plus favorable aux 1 % du sommet de la pyramide : leurs revenus représentaient 7,9 % du revenu national en 1982 pour atteindre 12,6 % à la veille de la crise de 2008.

La montée du chômage n’a donc pas empêché les plus riches de voir leur part du gâteau s’accroître pendant trente ans grâce au boom des revenus tirés de l’investissement. La financiarisation de l’économie s’est développée, entraînant une course aux rendements, et le manque d’emploi a fait basculer le rapport de force du côté des actionnaires. En 2008, la crise a affecté les revenus financiers des plus riches. Depuis, leur part dans le revenu global évolue en dents de scie, sous l’effet notamment de la volatilité des marchés financiers. 2013, dernière année connue, marque un retour de la part des 1 % les plus riches à 10,4 % du revenu global, niveau équivalent à celui de 2009 ou du début des années 1960.



Photo / CC BY NC Alessandro Vernet

Notes

[1Adultes de 20 ans et plus. Le revenu des couples mariés est divisé par deux pour établir le revenu par personne. Ces données ne tiennent pas compte des enfants à charge.

[2« Inequality Dynamics in France, 1900-2014 », Thomas Piketty et al., Paris School of Economics, 2016.

[3Il s’agit toujours ici des revenus avant impôts et prestations sociales. Pour les données après impôt et prestations, lire notre article "Les 10 % les plus aisés captent plus du quart des revenus".

Date de rédaction le 31 mars 2017

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