Conditions de vie



Tabac : un marqueur social

7 février 2017 - Le tabagisme a reculé en France ces quinze dernières années pour toutes les catégories sociales. Mais les ouvriers fument deux fois plus que les cadres, rapport qui s’est, lui, légèrement creusé depuis 2005.


En 2014, 38 % des ouvriers sont des fumeurs réguliers (au moins une cigarette par jour), contre à peine un cinquième des cadres supérieurs selon l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (Inpes) [1]. Malgré une baisse globale du tabagisme depuis 2005 pour toutes les catégories sociales (excepté les agriculteurs), les ouvriers demeurent deux fois plus nombreux à fumer que les cadres. Ce rapport est passé de 1,7 en 2005 à deux en 2014, du fait de la baisse plus importante de fumeurs chez les cadres que chez les ouvriers au cours de la période, respectivement -7,2 et - 6,5 points.

En matière de consommation, le poste « tabac et boissons alcoolisées » est le seul où les ouvriers dépensent davantage que les cadres, alors que leurs revenus sont 1,7 fois moindres en moyenne [2]. Ces écarts reflètent des différences de modes de vie et de rapport au corps et à la santé selon les milieux sociaux. Ils dépendent de nombreux facteurs, qui vont du rôle du diplôme à celui de la famille, des collègues ou des amis, des habitudes de vie prises parfois dès la jeunesse.

L’exemple du tabac illustre bien un double phénomène. Globalement, sauf pour les agriculteurs, chaque catégorie sociale fume de moins en moins : il y a une forme d’uniformisation face à la cigarette. Mais, si le niveau baisse, les écarts demeurent entre classes sociales. L’uniformisation est finalement trompeuse et le fait de ne pas fumer demeure un critère de distinction sociale.


Fumer ou pas, une inégalité ?
La proportion de fumeurs par catégorie sociale peut-elle être considérée comme une inégalité ? Pour les milieux de la santé, c’est une évidence : fumer nuit gravement à la santé et ceux qui fument se mettent en danger. Pour autant, de nombreux fumeurs tirent un grand plaisir de leur consommation de tabac et considèrent le risque comme mineur par rapport à l’agrément de la cigarette. La question est de savoir si chacun est en capacité de mesurer le risque à sa juste valeur, d’agir en connaissance de cause. Quoi qu’il en soit, notre choix de publier ce tableau - comme bien d’autres - relève d’un parti pris sanitaire subjectif.

Photo / © prudkov - Fotolia.com

Notes

[2Lire "Entre les cadres et les ouvriers, la consommation classe toujours", Centre d’observation de la société, mai 2015.

Date de rédaction le 7 février 2017

© Tous droits réservés - Observatoire des inégalités - (voir les modalités des droits de reproduction)

Soutenir l'Observatoire des inégalités

Sur le même sujet

« Les déserts médicaux se créent aussi là où on ne les attend pas ». Entretien avec Emmanuel Vigneron, géographe

18 août 2017
La désertification médicale est bien identifiée dans les zones rurales isolées. Mais l’accessibilité des soins n’est pas qu’une question de kilomètres. Comment enrayer le phénomène ? Entretien avec Emmanuel Vigneron, géographe, professeur à l’université de Montpellier.

Santé bucco-dentaire des jeunes : le poids de l’origine sociale

13 juillet 2017
Près d’un enfant d’ouvriers sur cinq a des dents cariées non soignées en classe de CM2, contre 8 % d’enfants de cadres supérieurs. Le milieu social d’origine joue un rôle important en matière de santé bucco-dentaire.

L’obésité chez les jeunes : le poids du milieu social

11 juillet 2017
En grande section de maternelle, 5,8 % des enfants d’ouvriers sont obèses, 4,5 fois plus que pour les enfants de cadres supérieurs. Cet écart se retrouve tout au long de la scolarité.

Les maladies professionnelles touchent les moins qualifiés

27 juin 2017
Le nombre de patients souffrant de maladies professionnelles reconnues est 37 fois plus élevé chez les ouvriers que chez les cadres. Les femmes des catégories populaires sont particulièrement touchées par les troubles musculo-squelettiques.

Les inégalités d’espérance de vie entre les catégories sociales se maintiennent

23 février 2016
A 35 ans, un homme cadre supérieur a une espérance de vie de 49 ans, un ouvrier, de 42 ans, soit six ans d’écart. Chez les femmes, la différence est deux fois moindre.

Espérance de vie : avantage aux femmes

21 août 2015
En France, les femmes vivent toujours plus longtemps que les hommes. Mais depuis les années 1990, l’écart se resserre, notamment en matière d’espérance de vie en bonne santé.

L’inégal accès à la complémentaire santé

16 septembre 2014
11 % des ménages les plus modestes ne sont pas couverts par une complémentaire santé, contre 2 % des plus aisés.

2,2 millions de salariés exposés à un produit cancérigène

7 janvier 2014
10 % des salariés sont exposés à un produit cancérigène. C’est le cas de 28 % des ouvriers qualifiés contre 2,3 % des cadres supérieurs. Une population aussi plus souvent masculine.

Obésité et milieux sociaux

24 avril 2013
Deux fois plus d’adultes obèses chez les artisans, commerçants, agriculteurs, ouvriers et employés que chez les cadres supérieurs. L’obésité ne touche pas de la même façon les catégories sociales.

Mesure des discriminations à l’accès aux soins par testing

3 septembre 2009
Des opérations de testing montrent que les bénéficiaires de la couverture maladie universelle (CMU) subissent des discriminations de la part de médecins, surtout des spécialistes, qui refusent de les recevoir.

FERMER