Conditions de vie



Qui a eu son iPhone 7 à Noël ?

23 décembre 2016 - Les inégalités d’accès aux nouvelles technologies diminuent très nettement, notamment entre catégories sociales. Reste que 15 % de la population n’utilise pas Internet et que la moitié ne fréquente pas les réseaux sociaux.


Les Français s’équipent à tout va en nouvelles technologies. Le taux d’équipement en ordinateur à domicile est passé de 23 à 80 % entre 1998 et 2016 selon le Crédoc [1]. 85 % des Français accèdent à Internet et 93 % ont un téléphone mobile. Le taux de propriétaires de smartphones a été multiplié par près de quatre entre 2011 et 2016, de 17 à 65 %.
Chez les jeunes et les cadres supérieurs, l’accès aux technologies de l’information est généralisé, avec des taux qui approchent 100 % pour l’ordinateur ou Internet notamment. Mais l’accès progresse aussi chez les plus âgés. La part d’utilisateurs d’Internet chez les 60-69 ans est passée de 13 à 79 % entre 2003 et 2016. Chez les plus de 70 ans, ce taux a été multiplié par cinq en neuf ans (de 11 % en 2007 à 56 % en 2016).
De plus en plus de non-diplômés s’y mettent aussi. Entre 2003 et 2016, ils sont six fois plus nombreux à avoir eu accès à Internet à domicile (de 9 à 57 %) ; le taux de connexion est passé pour les employés de 32 à 90 % et pour les ouvriers, de 21 à 84 %. La catégorie sociale est de moins en moins un facteur déterminant.
Pour autant, toute la population est loin d’être plongée dans l’univers 2.0. 15 % de la population (pas moins de 10 millions de personnes) n’a pas accès à Internet. Ce taux atteint 25 % pour les plus démunis (foyers dont les revenus médians sont d’environ 1 200 euros mensuels) et 43 % pour les non-diplômés. Un peu plus de la moitié (56 %) des personnes âgées de plus de 70 ans a un accès à Internet à domicile. Même s’il est vrai qu’à cet âge, l’intérêt d’un accès à Internet n’est sans doute pas le même que pour un jeune, l’écart est toujours important. Plus les nouvelles technologies se développent, plus ceux qui ne les utilisent pas peuvent ressentir avec force leur exclusion de ce vaste « club », même s’ils sont de moins en moins nombreux.


Smartphones et tablettes sont loin d’être généralisés

Les deux tiers de la population sont équipés d’un smartphone et 40 % disposent d’une tablette, selon le Crédoc. Les jeunes sont à la pointe : 95 % des 18-24 ans disposent d’un smartphone. L’évolution est spectaculaire : en 2011, seulement 17 % de la population possédait un smartphone et 4 % une tablette.

Reste qu’un peu plus de la moitié seulement des titulaires au maximum du BEPC disposent d’un smartphone, contre 80 % des diplômés du supérieur. Ces produits demeurent onéreux : 73 % des foyers dont le niveau de vie   médian   est de 4 600 euros par mois ont un smartphone, contre 61 % des plus bas revenus. De la même manière, 54 % des plus aisés possèdent une tablette, contre 32 % des plus modestes. Il est possible que ces objets suivent le chemin de l’ordinateur et de l’accès à Internet en se démocratisant encore davantage, du fait de la baisse de leur prix. Encore faudrait-il pouvoir distinguer les types d’équipement, qui n’ont parfois que le nom en commun : l’iPhone 7 d’Apple est loin d’avoir envahi tous les foyers.




Des usages différenciés de l’Internet

Les inégalités se logent de plus en plus dans l’usage. Les démarches administratives par Internet concernent un Français sur six, mais 95 % des cadres. Près des trois quarts des ménages les plus aisés font des achats sur Internet, contre la moitié des plus modestes. 56 % de la population utilise les réseaux sociaux pour échanger avec des « amis » ou étoffer son réseau professionnel. Cela veut aussi dire que 44 % restent à l’écart de la frénésie médiatique sur ce sujet. Seuls 30 % des 60-69 ans et 32 % des non-diplômés s’y sont connectés au cours des douze derniers mois.


Ces nouveaux moyens de communication permettent l’accès à l’information et à la connaissance d’un public plus large et participent à la démocratisation de l’accès aux savoirs. La fracture qui persiste est surtout générationnelle : les plus anciens restent à l’écart d’un univers dont ils ne voient pas vraiment l’utilité et qu’ils ne comprennent pas toujours. Pourtant, la référence permanente à Internet et aux réseaux sociaux en particulier, comme s’il allait de soi qu’ils sont fréquentés par tous, constitue une violence symbolique pour ceux qui n’ont pas les moyens d’y participer.

Un jour, tous les foyers seront, peut-être, connectés et auront accès à une somme illimitée d’informations et de savoirs. Sans formation, sans explication, il n’est pas simple d’y recourir et l’accès à Internet demeure un mirage. Quant aux réseaux sociaux, il est possible qu’ils prennent le chemin de la télévision : autrefois signe de distinction, son rôle s’est inversé et les catégories diplômées cherchent à s’en éloigner. Après une ruée sur ces nouveautés, le temps du reflux viendra-t-il ? La part d’utilisateurs des réseaux sociaux est déjà plus élevée chez les employés (72 %) que chez les cadres supérieurs (63 %).

Photo / © CC BY CAFNR

Notes

[1« Le baromètre du numérique 2016 », Crédoc, novembre 2016.

Date de rédaction le 23 décembre 2016

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