Catégories sociales



Chômage : les non-qualifiés en première ligne

11 février 2014 - Avec 4 % de chômeurs, les cadres supérieurs restent largement épargnés par la crise. Ce n’est pas le cas des ouvriers non qualifiés, dont le taux de chômage s’élève à 20 %.


Toutes les catégories sociales ne subissent pas de la même façon l’impact du manque d’emplois. Les cadres et les professions intermédiaires sont quasiment au plein emploi avec un taux de chômage respectif de 4 et 5,8 % en 2015 [1]. Le taux de chômage des ouvriers non qualifiés (20,3 %) est cinq fois plus important que celui des cadres, celui des employés (10,2 %), deux fois plus.


Au cours des trente dernières années, et en particulier au milieu des années 1990, les professions intermédiaires et les cadres supérieurs ont connu une détérioration de leur situation vis-à-vis du chômage, mais ces catégories demeurent - avec un taux de chômage compris entre 4 et 6 % - bien en-deçà des catégories populaires. Pour les ouvriers non qualifiés, la dégradation a été beaucoup plus forte que pour tous les autres groupes sociaux. Leur taux de chômage, qui était déjà de l’ordre de 9,4 % en 1982, n’a quasiment pas cessé d’augmenter pour atteindre 16,8 % en 1999. Ce chiffre a diminué les trois années suivantes, mais il est reparti très vite à la hausse pour toucher désormais un ouvrier non qualifié sur cinq. Le taux de chômage des ouvriers qualifiés comme des employés oscille depuis les années 1980 autour de 6 à 11 %.

Des générations entières de populations peu diplômées - nées à partir de la fin des années 1960 - n’ont connu que le chômage de masse. Il ne s’agit plus pour ces milieux populaires de « crise » mais d’un déséquilibre profond, un nouveau régime, qui s’est installé sur le marché du travail. Cette situation est particulièrement marquée pour les jeunes peu qualifiés.


Que se passe-t-il depuis 2008 ?
Entre 2008 et 2015, le nombre de chômeurs a augmenté de 911 000. Parmi eux, 514 000 - soit plus de la moitié des chômeurs supplémentaires - étaient ouvriers ou employés, contre 163 000 professions intermédiaires et 68 000 cadres supérieurs. Durant cette période, le taux de chômage des ouvriers non qualifiés est passé de 14,7 % à 20,3 %, celui des ouvriers qualifiés de 7 % à 11,4 %. Le taux de chômage des cadres a augmenté de 2,8 à 4 %, niveau qui demeure proche du plein emploi. Si l’on mesure l’évolution 2008-2015 en valeur relative (en pourcentage), la progression du chômage varie selon les catégories sociales : + 63 % chez les ouvriers qualifiés, + 53 % pour les professions intermédiaires, + 46 % chez les employés. Même à un niveau qui reste très faible, le chômage progresse aussi chez les cadres supérieurs de 41 % sur cette période.

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Notes

[1Dernière année disponible pour les catégories sociales.

Date de rédaction le 30 décembre 2012

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