Comment mesure-t-on les revenus ?
Du revenu avant impôts jusqu’au niveau de vie par personne après impôts et prestations, il existe plusieurs manières de mesurer les revenus des Français. Les explications de Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités.
Publié le 2 juillet 2026
https://www.inegalites.fr/mesure-revenus - Reproduction interditePour pouvoir mesurer les inégalités de revenus, il faut commencer par bien définir ce que sont ces revenus. Il en existe plusieurs types. Pour la grande majorité des personnes qui travaillent, le revenu, c’est le salaire net. Certains – les indépendants non salariés – vendent des prestations ou des biens et perçoivent des honoraires (pour les médecins par exemple) ou des bénéfices (pour les commerçants). D’autres disposent de biens dont ils tirent une rémunération : des loyers perçus par les propriétaires qui louent des biens immobiliers, des dividendes (le revenu des actions) et des intérêts (revenu des obligations), etc. Le revenu comprend aussi les prestations sociales imposables, principalement les retraites, les indemnités de chômage ou de maladie.
Tous ces revenus sont dits « déclarés » car ils sont indiqués aux services fiscaux. On parle aussi parfois de revenus « primaires ». Ils constituent l’ensemble des ressources imposables d’un ménage ou d’une personne. Pour les mesurer, l’Insee utilise à la base un vaste échantillon de déclarations fiscales.
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Du revenu déclaré, l’Insee passe au revenu « disponible » du ménage, en ajoutant les prestations sociales non imposables (par exemple, les allocations familiales, la prime d’activité ou les minima sociaux) et en retirant l’impôt sur le revenu.
Enfin, on calcule le « niveau de vie » : le revenu disponible mais pour l’équivalent d’un individu. En effet, on ne vit pas de la même façon avec 1 000 euros si on est seul ou dans une famille de quatre enfants. On divise donc le revenu disponible du ménage par un système de parts, que l’on appelle des « unités de consommation ». Comme un bébé ne consomme pas autant qu’un adulte, chacun ne se voit pas affecter le même nombre de parts.
On considère que le premier adulte vaut une part entière, les autres personnes de quatorze ans ou plus valent 0,5 part, les enfants de moins de quatorze ans 0,3 part. Un couple comptera donc pour 1,5 part, et non deux. Une famille avec deux enfants de moins de quatorze ans vaut donc 2,1 parts : 1 (premier adulte) + 0,5 (deuxième adulte) + 0,3 + 0,3 (les deux enfants). Prenons un exemple : si un couple a un revenu disponible de 1 500 euros, son niveau de vie est le même que celui d’une personne seule qui dispose de 1 000 euros par mois.
En général, quand on parle de revenus, on pense spontanément à ce que l’on perçoit (le revenu déclaré, souvent le salaire) sans déduire ses impôts, ni ajouter les prestations sociales. Mais les statisticiens parlent le plus souvent de niveau de vie. C’est l’indicateur que nous utilisons pour mesurer les inégalités de revenus et le plus fréquent dans le débat public.
| Faut-il s’intéresser aux revenus avant ou après impôts ? |
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| Pour évaluer les inégalités de revenus, ce qui compte, c’est ce dont chacun dispose pour vivre. Si vous touchez 1 000 euros mais que vous en redonnez 500 en impôts, l’important pour vous ce sont bien les 500 euros qui vous restent. Pourtant, l’analyse des revenus primaires, avant impôts et prestations sociales, a beaucoup d’intérêt. En France, les inégalités de revenus avant impôts sont parmi les plus élevées des pays riches. Cela veut dire qu’à la source, la distribution des revenus est très inégalitaire. Ensuite, nous rebattons collectivement les cartes de la richesse avec les impôts et les prestations. Et finalement, les inégalités de revenus après redistribution nous placent dans la moyenne des pays riches. Ce qui nous amène à deux réflexions. Premièrement, en tant qu’individu, le revenu primaire est ce que nous rapporte notre travail (pour les retraites et le chômage, c’est le fruit de ce que nous avons cotisé). Nous y sommes donc particulièrement sensibles. Deuxièmement, on s’interroge beaucoup sur la redistribution des revenus (la fiscalité) et comment la rendre plus juste. Nous devons aussi aller à la source : réduire les écarts en amont éviterait d’avoir à développer des mécanismes complexes pour les réduire après coup. |
Schéma / © Seity pour l’Observatoire des inégalités
Photo / © Pixabay
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