Qu’est-ce que l’équité ?
L’équité semble plus juste que l’égalité tout court. Mais ce concept n’est pas facile à mettre en œuvre et peut s’avérer un piège. Les explications de Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités.
Publié le 11 mai 2026
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On utilise souvent le mot équité comme synonyme d’égalité. Pourtant, ce n’est pas exactement la même chose. On préfère parfois le concept d’équité parce que l’égalité qui consiste à traiter tout le monde de la même manière peut être injuste. L’équité c’est en fait deux choses, au départ et à l’arrivée. Cela peut être d’essayer de faire en sorte que tout le monde ait les mêmes chances d’obtenir le même but, ce qui peut conduire à favoriser les personnes qui partent avec un handicap, et donc admettre des inégalités à la base – ce qui s’appelle faire de la « discrimination positive ». Mais aussi à l’arrivée, en récompensant de manière différentes pour reconnaître le mérite. L’idée de mérite est au cœur du concept d’équité.
À l’école, on admet par exemple que certains élèves qui ont un handicap bénéficient d’un peu plus de temps que les autres pour les examens. Dans le monde du travail, on trouve juste que ceux qui ont plus d’expérience ou qui peuvent réaliser des tâches plus complexes gagnent plus. Récompenser le mérite nous semble équitable. Bref, l’équité s’impose quand l’égalité devient injuste.
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En pratique, l’équité n’est pas facile à mettre en œuvre. Pour qu’il y ait équité, il faut que chacun ait les mêmes chances. C’est très rarement le cas. À l’école par exemple, les élèves dont les parents sont plus favorisés sont eux-mêmes favorisés. Pas facile de faire ses devoirs quand on vit dans des conditions difficiles. Comment corriger cela ? À part élever les enfants hors de leur famille pour leur offrir à tous le même environnement – ce que personne ne veut –, l’équité est impossible à mettre en place. Les notes ont l’apparence de l’équité, mais elles ne sont pas équitables.
Même si l’on admet le principe général d’équité, il est impossible de déterminer l’ampleur des inégalités qui pourrait être justifiées. On peut juger équitable de donner un coup de pouce à ceux qui sont trop défavorisés , comme on le fait en France pour l’aide aux élèves handicapés, aux écoles très défavorisées (avec des moyens supplémentaires) ou l’accès des femmes aux mandats électifs (lois sur la parité). Mais il est toujours difficile de savoir jusqu’où on peut aller par rapport à ceux qui ne bénéficient pas de ce soutien.
De la même manière, on peut être d’accord sur le fait qu’il existe des inégalités de salaires, c’est plus équitable, mais jusqu’à quel niveau ? Est-il « équitable » qu’une personne qui aide des personnes âgées toute la journée touche dix fois moins qu’un cadre d’entreprise ? Rien ne permet de déterminer l’ampleur de l’écart qui serait juste. Elle dépend de la valorisation des diplômes, des tâches que l’on réalise, des métiers, etc. Celle-ci est souvent déterminée par ceux qui gagnent le plus : sous prétexte d’équité, on justifie aussi les inégalités.
Enfin, l’équité est un concept individuel. Il faut pouvoir mesurer le mérite qui revient à chacun. En pratique encore, c’est souvent impossible à dire. Dans le sport collectif, certains ont plus de talents que d’autres, mais comment déterminer la part qui leur revient, sans le résultat du match ? Kylian Mbappé a beau être un excellent joueur de football, il ne fera jamais gagner à lui seul l’équipe de France. C’est la même chose dans le monde du travail.
Bref, comme le dit le sociologue François Dubet, le mérite qui fonde l’équité est une « fiction nécessaire ». On en a besoin car l’effort individuel, le mérite et le travail sont de meilleurs critères que le hasard ou le milieu de naissance. Mais il s’agit bien d’une fiction : en pratique, les inégalités résultent d’un compromis social, d’une lutte de pouvoir entre les membres d’une même société. Il faut donc tout à la fois rechercher l’équité et faire œuvre de prudence, car ce concept associé à la notion de mérite peut aussi servir à justifier des inégalités injustes.
Louis Maurin
Photo / Austris Augusts
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