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Analyse

Redistribution : comment les impôts et les prestations réduisent les inégalités

Impôts et prestations sociales réduisent les inégalités de niveau de vie entre les plus riches et les plus pauvres. La redistribution fonctionne en France, mais les écarts de revenus sont considérables à l’origine. L’analyse d’Anne Brunner et Louis Maurin, de l’Observatoire des inégalités.

Publié le 6 janvier 2026

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Revenus Niveaux de vie

À la base, les 10 % les plus aisés ont en moyenne un revenu 21 fois plus élevé que les 10 % les plus modestes : 8 275 euros par mois contre 393 euros pour une personne seule, selon l’Insee en 2024 [1]. Avant impôts, la France est l’un des pays les plus inégalitaires parmi les pays riches.

Une fois les impôts retirés et les prestations sociales versées, les plus aisés ne touchent plus que 6 201 euros tandis que le niveau de vie des plus modestes s’élève à 997 euros. Les impôts et les prestations sociales redistribuent une partie des revenus entre les premiers et les seconds, ce qui fait baisser le rapport entre les revenus moyens des 10 % les plus riches et des 10 % les plus pauvres, de 21,1 à 6,2.

Effet de la redistribution sur les niveaux de vie des plus aisés et des plus modestes
Revenu moyen des 10 % les plus modestes
en euros
Revenu moyen des 10 % les plus aisés
en euros
Rapport entre les plus aisés et les plus modestes
Avant impôts et prestations sociales3938 27521.1
Après impôts et prestations sociales9976 2016.2
Revenus mensuels pour une personne seule.
Lecture : le revenu moyen des 10 % les plus pauvres est de 393 euros par mois avant redistribution.
Source : Insee – Données 2024 – © Observatoire des inégalités

Concrètement, comment s’opère cette redistribution ? Observons tout d’abord la situation du bas de l’échelle des revenus. Les 10 % les plus pauvres touchent donc 393 euros par mois en moyenne : il s’agit de salaires ou de revenus d’autoentrepreneurs, de retraites et d’allocations chômage. On parle de revenu « primaire », c’est-à-dire celui perçu avant de payer des impôts ou de recevoir des aides. Le chiffre est très faible parce que c’est une moyenne qui inclut des personnes qui travaillent à temps plein, d’autres à temps partiel, par intermittence ou pas du tout.

Personne ne peut se loger, se vêtir, se nourrir avec à peine plus de dix euros par jour. Pour éviter qu’une partie de la population vive dans la misère absolue, la solidarité fonctionne à travers des aides comme les minima sociaux pour les plus modestes (RSA, aides aux personnes handicapées), les allocations familiales, les aides au logement, la prime d’activité, etc. Au total, les prestations sociales procurent presque 650 euros mensuels aux 10 % les plus modestes, environ 1,5 fois leurs revenus du travail. Leur revenu moyen s’établit ainsi à 997 euros après redistribution. C’est ce qu’on appelle le revenu « disponible ».

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997 euros, c’est moins que le seuil de pauvreté fixé à 50 % du niveau de vie médian, un revenu loin de permettre de vivre selon les normes de notre société. Ces ressources sont parfois complétées par l’aide de la famille ou d’amis (par exemple en matière d’hébergement) et, éventuellement, par des activités non déclarées.

À l’autre bout de l’échelle des revenus, les 10 % les plus riches touchent en moyenne près de 8 300 euros par mois : des salaires et des revenus d’activité, souvent complétés par des revenus du patrimoine et, là aussi, des pensions de retraite ou des allocations chômage, par exemple. Il s’agit toujours du revenu « primaire ». En moyenne, les plus aisés versent plus de 2 000 euros à la solidarité nationale par mois, dont 909 euros de cotisations sociales et 1 182 euros d’impôts. Logiquement, ils touchent peu de prestations sociales (18 euros par mois).

Après impôts et prestations sociales, leur niveau de vie diminue de 25 % et s’établit donc à 6 200 euros en moyenne par mois. Comme les plus modestes, ils peuvent avoir aussi des soutiens de la famille ou des revenus non déclarés (souvent de montants plus élevés que les plus modestes), qu’on ne compte pas ici. Il faut noter qu’en dépit des progrès réalisés, une partie des revenus du patrimoine demeure mal prise en compte dans les statistiques de l’Insee, ce qui sous-estime le niveau de vie des plus aisés.

En matière de revenus, le modèle social français redistribue les cartes, mais les écarts après redistribution restent importants : les 10 % les plus riches perçoivent en moyenne 5 200 euros de plus que les 10 % les plus pauvres chaque mois, soit environ 62 500 euros supplémentaires par an. Ce niveau d’inégalités après redistribution situe la France à un niveau intermédiaire parmi les pays riches.

La redistribution est importante dans notre pays pour deux raisons. D’abord parce que la population est solidaire des plus pauvres : nous n’acceptons pas, par exemple, que des enfants vivent à la rue ou qu’on laisse mourir des personnes faute de soins. Nous pensons qu’il est important d’instruire tout le monde (voir l’encadré sur la redistribution opérée par les services publics). Cela profite à l’ensemble de la société, en particulier aux employeurs qui disposent ainsi d’une main-d’œuvre qualifiée. Mais surtout parce que la France est l’un des pays où inégalités de revenus avant redistribution sont parmi les plus importantes au sein des pays riches. Au bout du compte, en dépit des effets de la redistribution, les riches demeurent très riches en France par rapport à ceux d’autres pays. Notre important effort fiscal ne fait que nous replacer dans la moyenne après redistribution.

Le débat porte très souvent sur le niveau des impôts et des prestations sociales. Faut-il ou non baisser ou augmenter les impôts ? Lesquels ? On devrait s’interroger aussi sur la répartition de la richesse avant impôts. Ce qui, par exemple, justifie (ou non) les écarts de salaires. Est-ce une question de pénibilité, la maitrise de certaines techniques, de responsabilités ? De même, on pourrait questionner ce qui justifie le niveau des rendements des revenus du patrimoine (actions, immobilier, autres placements, etc.) qui profitent aux plus fortunés. Est-ce que le risque pris par celui qui détient le capital est élevé ? À quoi servent ces investissements ? Autant de questions sur les inégalités de revenus primaires assez peu débattues et qui pourtant mériteraient de l’être.

Effets des mécanismes de redistribution sur les niveaux de vie des 10 % les plus aisés et des 10 % les plus modestes
Montant moyen pour les 10 % les plus pauvres
en euros
Montant moyen pour les 10 % les plus riches
en euros
Niveau de vie avant redistribution392,58 275
Effet des impôts et prélèvements dus
Cotisations patronales famille + CSG-CRDS- 28 - 909
Impôt sur le revenu+ 2- 1 158
Impôt sur la fortune immobilière0- 24
Effet des prestations sociales reçues
Allocations familiales+ 71+ 6
Autres prestations familiales+ 97+ 4
Aides au logement+ 160+ 2
Primes d'activité et minima sociaux+ 304+ 6
Niveau de vie après redistribution9976 201
Montants mensuels pour une personne seule.
Lecture : l’impôt sur le revenu diminue de 1 158 euros en moyenne le niveau de vie des 10 % les plus riches.
Source : Insee – Données 2024 – © Observatoire des inégalités
Les services publics réduisent aussi les inégalités
Pour dresser un panorama complet de la redistribution opérée par l’État, il faudrait aller plus loin. Compter aussi les impôts dits « indirects » comme la TVA ou les taxes sur l’essence, par exemple. Il faudrait également chiffrer la valeur des services publics, comme l’école gratuite ou les remboursements de soins de santé. Ce calcul est complexe et théorique : il n’est pas facile de mesurer comment on utilise les services publics selon que l’on est riche ou pauvre. En ce qui concerne la police ou l’armée, par exemple, c’est impossible.

Malgré ces difficultés, l’Insee calcule la « redistribution élargie » qui tient compte de l’effet des services publics. Selon l’organisme, l’écart entre les 10 % les plus pauvres et les 10 % les plus riches est de un à 21 avant redistribution (donnée 2021). Après redistribution, tout mis bout à bout (impôts et prélèvements, prestations sociales et services publics), pauvres et riches se situent dans un rapport de un à trois [2].

Anne Brunner et Louis Maurin

Photo / © Eisenhans Fotolia


[1Voir France, portrait social édition 2025, Insee Références, Insee, novembre 2025.

[2« Transferts monétaires et services publics augmentent de 16 % le niveau de vie au milieu de l’échelle », Insee Première n° 2022, Insee, novembre 2024.

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Date de première rédaction le 22 octobre 2017.
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