Questions clés

Inégalités environnementales : de quoi parle-t-on ?

Les inégalités environnementales, on en parle souvent, mais on en donne rarement une définition. Un essai d’éclaircissement sur une notion qui peut prendre plusieurs formes. Par Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités.

Publié le 28 août 2026

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Modes de vie Environnement

Épuisement des ressources naturelles, impact de la pollution, réchauffement climatique : les questions environnementales ont pris de plus en plus d’importance dans le débat public. Et avec elles, celles des inégalités qui y sont liées. On parle souvent d’« inégalités environnementales » mais elles sont rarement définies avec précision. Essayons de mieux comprendre de quoi il s’agit.

L’environnement, au fond, qu’est-ce que c’est ? Le mot vient du latin virare (qui a aussi donné le mot « virage », par exemple). C’est ce qui est autour de nous : là où nous vivons, nous travaillons, etc. De l’air, de l’eau, des sons, des paysages, etc. On peut y ajouter le fait de vivre dans un lieu plus ou moins exposé à un risque naturel ou industriel (tempête, pollution, etc.). L’environnement comprend aussi l’ensemble des ressources naturelles, des sources d’énergie aux minerais, en passant par les animaux et les végétaux.

Les inégalités environnementales peuvent se diviser en deux dimensions. La première est territoriale : en fonction du lieu l’on se trouve. La seconde est temporelle : entre les générations.

Première dimension : une inégalité environnementale, c’est être situé, à un moment donné, dans des environnements de valeur inégale. Vivre au bord de la mer, à côté d’un incinérateur ou d’une centrale nucléaire, travailler dans un bureau ou dans une usine au contact de produits chimiques, cela n’a pas les mêmes conséquences sur la santé et le bien-être.

Pour que l’on puisse parler « d’inégalité », il faut pouvoir hiérarchiser ces environnements. Ce qui est plus ou moins objectif. Par exemple, si le niveau de bruit est facilement mesurable, le seuil de la nuisance dépend aussi des personnes. Idem pour le froid et le chaud. Le degré de risque – par exemple vivre à quelques kilomètres d’une centrale nucléaire – est également difficile à apprécier.

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Attention à ne pas confondre ce qui relève de l’inégalité d’exposition (à la pollution ou à un risque, par exemple) et de l’inégalité face aux conséquences d’un environnement plus ou moins néfaste. On peut vivre dans des environnements identiques, mais en subir des conséquences inégales : dans ce cas, il ne s’agit pas d’inégalités environnementales, mais d’inégalités sociales face à l’environnement. Habiter au bord d’une route bruyante ou calme, c’est une inégalité environnementale. Avoir du simple ou du double vitrage, c’est souvent une inégalité de niveau de vie. En France par exemple, dans certaines villes, les riches et les pauvres sont tout autant exposés à la pollution, mais comme les riches sont en meilleure santé, ils en subissent moins les effets.

La deuxième dimension des inégalités environnementales, c’est l’évolution de l’environnement dans le temps. Il s’agit d’inégalités entre générations face à l’environnement. On en parle souvent pour alerter sur l’impact de nos modes de vie actuels sur l’environnement de demain. Par exemple, pour signaler que les rejets de gaz à effet de serre dans l’atmosphère vont élever le niveau des températures, ce qui rendra invivables certains territoires et en inondera d’autres. Ou pour indiquer que si l’on consomme toutes les énergies dites « fossiles » (celles qui ne se renouvellent pas), il n’en restera rien pour les générations suivantes.

Quand on parle d’inégalités environnementales, il faut donc bien préciser de quelle dimension il s’agit, dans l’espace ou le temps. Remarquons que ces deux dimensions se complètent et ne s’opposent pas. Demain – donc, notre seconde dimension –, il est possible que l’environnement des territoires qui sont déjà les plus dégradés aujourd’hui – première dimension – se dégrade encore plus.

Enfin, il est très difficile de séparer inégalités environnementales et inégalités sociales, tant elles sont imbriquées : revenus et diplômes protègent beaucoup des nuisances. Une position sociale privilégiée permet d’échapper aux conséquences des dégradations de l’environnement et aux risques à venir. Avec une certaine limite : si nous consommons un jour toutes les ressources de la planète, sauf à migrer sur une autre, même les plus favorisés seront concernés.

Inégaux dans la capacité à dégrader l’environnement
À côté des inégalités environnementales, il existe des inégalités face à la responsabilité de la dégradation de l’environnement, ce qui est un sujet différent. Par exemple, la puissance des véhicules, donc l’ampleur des rejets nocifs dans l’atmosphère, est liée aux revenus. Les plus riches portent une responsabilité plus grande dans certaines pollutions. Les habitants des pays riches, par leur mode de vie, consomment plus de ressources naturelles et émettent plus de gaz à effet de serre que les habitants des pays pauvres. Parfois même, les premiers exportent leur pollution chez les seconds. Pensons par exemple aux vêtements ou aux composants électroniques de nombreux objets achetés par les habitants des pays riches : en sous-traitant la production de ces objets et le stockage des déchets à des pays en développement, nous nous exonérons de leurs nuisances, que nous transférons aux travailleurs et aux habitants voisins de ces industries. Au fond, il s’agit ici de désigner les responsables des inégalités environnementales, et non plus d’en exposer les conséquences.

Photo / CC by Christian Ferrer Wikimedia

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Date de première rédaction le 4 mai 2021.
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